L’impact des mémoires de guerre: quand l’histoire continue à travers les générations

Une guerre ne s’arrête pas toujours lorsque les armes se taisent. Pour celles et ceux qui l’ont vécue, certaines traces peuvent demeurer longtemps après la fin des combats. La peur, l’insécurité, les deuils, la faim, les bombardements, les blessures, la disparition de proches ou le fait d’avoir assisté à des scènes terribles peuvent laisser une empreinte profonde. Et cette empreinte peut aussi traverser les générations. Des descendants qui n’ont jamais connu la guerre peuvent porter des peurs, des croyances ou des comportements qui trouvent leur origine dans une histoire familiale bien antérieure à leur naissance. Le transgénérationnel permet alors d’offrir une autre grille de lecture.

Quand la guerre continue à vivre dans la famille

Une personne ayant vécu un traumatisme lié à la guerre peut conserver des comportements anxieux dans certains contextes, réagir fortement face à certains sujets ou simplement garder sa souffrance silencieuse. Puis elle devient parfois parent à son tour, et qu’elle a vécu influence potentiellement ce qu’elle montre à ses enfants, ce qu’elle leur transmet et les valeurs qu’elle leur enseigne, consciemment ou non.

La peur de manquer peut par exemple perdurer bien après le retour à une situation matérielle confortable. Une personne peut continuer à se priver alors qu’elle dispose désormais de suffisamment d’argent ou de nourriture. Les circonstances ont changé, mais intérieurement, le manque est toujours présent.

D’autres traces peuvent concerner la confiance, la sécurité ou l’attachement: se méfier des autres, penser qu’on ne peut compter que sur soi, craindre certains bruits ou encore éviter de trop s’attacher parce que les personnes que l’on aime peuvent disparaître. Des émotions qui n’ont pas été dépassées, des traumatismes, des croyances limitantes, des secrets de famille ou des souffrances silencieuses peuvent ainsi traverser l’arbre généalogique.

Une transmission qui ne passe pas uniquement par les mots

Il n’est pas nécessaire qu’une histoire soit racontée pour qu’elle laisse des traces. Une transmission peut passer par des comportements, des réactions émotionnelles, des valeurs ou des croyances. Un enfant grandit en observant les adultes qui l’entourent et en intégrant une partie de leur manière d’appréhender le monde.

La question de la transmission des traumatismes peut également être envisagée sous l’angle de l’épigénétique, qui étudie notamment les modifications de l’expression des gènes en lien avec l’environnement et les expériences vécues. Ainsi, lorsqu’on s’intéresse aux mémoires de guerre, plusieurs grilles de lecture peuvent coexister. L’histoire familiale ne se limite pas nécessairement à ce qui a été raconté et transmis consciemment.

Des événements qui peuvent marquer plusieurs générations

Les situations vécues pendant une guerre peuvent être d’une violence extrême: perdre un ou plusieurs membres de sa famille, voir mourir des personnes, croiser des cadavres, être torturé, blessé, souffrir de la faim ou vivre pendant des mois ou des années sans savoir si l’on sera encore vivant le lendemain. Il peut aussi y avoir le départ des proches, la peur permanente des bombardements et cette insécurité quotidienne dans laquelle des émotions extrêmement fortes deviennent une toile de fond.

Bien des années plus tard, les descendants peuvent éprouver des émotions ou adopter certains comportements sans connaître ce qui s’est produit auparavant dans leur famille. Découvrir une histoire appartenant aux générations précédentes peut alors permettre de porter un autre regard sur ce que l’on vit aujourd’hui: ce que je ressens est présent en moi, mais son histoire n’a peut-être pas commencé avec moi. Cette distinction peut permettre de prendre du recul et de retrouver une possibilité d’agir dans sa propre vie.

Quand une mémoire de guerre apparaît en constellation familiale

Les mémoires de guerre peuvent notamment émerger au cours d’une constellation familiale et systémique. La consultante ne vient pas nécessairement consulter pour travailler sur la guerre. Elle peut arriver avec une peur, une difficulté relationnelle ou une problématique dont elle ne comprend pas l’origine.

Au fil de la constellation, différents membres du système peuvent apparaître, notamment des ancêtres. Ce qui se présente progressivement peut alors faire émerger une histoire en lien avec une guerre. Parfois, certains éléments sont déjà connus de la personne. Dans d’autres cas, elle ignore l’histoire familiale concernée.

Lorsque les faits sont connus, ils peuvent faciliter la compréhension de ce qui se montre. Mais leur connaissance n’est pas indispensable au déroulement de la constellation. Le travail peut notamment amener à reconnaître et honorer un ancêtre oublié, à rendre certaines responsabilités à ceux à qui elles appartiennent ou à remettre symboliquement à la libération des souffrances et des fardeaux présents dans les lignées. Il peut aussi s’agir de reconnaître qu’un destin appartient à un ancêtre et non à son descendant : son histoire est la sienne, elle n’a pas à être rejouée par les générations qui viennent après lui.

Ce travail peut ouvrir un mouvement de pacification et de libération et permettre de regarder autrement certaines émotions dont l’origine semblait jusque-là incompréhensible.

Explorer son histoire avec plusieurs grilles de lecture

Les mémoires de guerre montrent à quel point une difficulté présente peut parfois être éclairée sous plusieurs angles: personnel, familial, transgénérationnel, émotionnel ou énergétique. C’est dans cette pluralité que s’inscrit l’approche de Phénix en soi. Chaque histoire étant singulière, il ne s’agit pas de chercher systématiquement une origine transgénérationnelle aux difficultés que l’on rencontre, mais de disposer de différentes grilles de lecture pour explorer ce qui demande à être regardé.

À Morges, tout près de Lausanne (Vaud, Suisse romande), j’accompagne les personnes dans leur chemin de transformation intérieure et de connaissance de soi à travers différentes approches complémentaires. Les constellations familiales et systémiques en font partie, que ce soit en séance individuelle ou en groupe à Renens (Lausanne, Vaud).